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LE CRAPOUILLOT SEME SA ZONE : LES KAMIKAZES
par TYMSAMMA le 2004-07-28
Ami lecteur, bonjour ! C'est ton douceureux ami le Crapouillot qui s'adresse à toi. Je n'avais pas encore mis les pieds dans cette cité.L'entraineur des Kamikazes, Tymsamma, a enfin accepté une intervioue de lui et (peut-être) de son équipe. L'inconscient ! Mais c'est sensé être un trompe-la-mort. Une chose est sûre, quand je mets quelqu'un sur le grill, je ne le prends jamais en traitre, il connaît d'avance les questions que je vais lui poser. Par contre, je me réserve le droit d'annoter ses réponses, eh eh !
J'arrive dans une ruelle étroite, sillon creusé par deux rives de maisons si hautes que je n'en vois pas le sommet. Et bien, pas accueillant, comme coin, je dirais même, l'endroit idéal pour un coupe-gorge. Heureusement, à part mes feuilles et mon crayon, on ne peut rien me voler (quoique...) Je me retrouve enfin sous un porche sentant le vomi de vinasse bon marché, et me demande si je ne me suis pas gourré d'adresse. 6, impasse des malandrins. Porte bien son nom. Mais dans un coin j'avise un tas de gravats en attente de ramassage, résultat de l'explosion du QG des Kamikazes dont vous vous rappelez certainement tous. C'est donc là que se terre l'intégriste en chef. Je sonne à la cloche surmontant la porte. Un "drelin" strident et fêlé retentit, le genre de son qu'on n'entend qu'aux oraisons funèbres. Du haut de la porte coulisse une trappe grillagée, et je me fais interpeller par une voix gutturale : "tu veux quoi, petit homme ?"
Je prends mon air le plus guilleret (difficile, après cette cloche), et proclame : "va prévenir ton maître Tymsamma que le Crapouillot, meilleur échotier de la planète, attend d'être reçu par lui !"
Un silence pesant s'installe. Je commence à me demander si l'individu m'a bien compris, quand j'entends murmurer "c'est vrai qu'il ressemble à un crapaud", et la porte s'entr'ouvre. Un troll énorme bouffe l'entrée d'un couloir, et me fait signe d'avancer. Je me rends compte en passant sous son bras poilu que c'est une troll, en fait. Seul le léger renfort poitrinaire témoigne de sa féminité. Pour le reste... Mais je ne voudrais pas être taxé de racisme anti-troll, rassurez-vous (je tiens lâchement à la vie), et puis elle doit être bougrement séduisante pour des trolls bien bâtis. Après le couloir, je monte un colimaçon de trois étages, poussé rudement dans le dos par cette trollette qui semble bien pressée. A la fin de l'ascension, une pièce d'attente, avec des tabourets dont certains ne peuvent se tenir debout seuls, une table à trois pieds, le genre de luxe que je m'attendais à voir ici. Mon guide frappe trois coups à la porte du fond. J'entends alors une voix claire qui dit "ça ira, Hilde, file t'entrainer maintenant". Hilde embarque une masse qui trainait à terre, et, tout en descendant l'escalier, entreprend de se donner des coups à la tête avec, en éructant une chanson paillarde. Son entrainement ? La porte du bureau de Tymsamma s'ouvre en grand, révélant des murs nus, fraichement platrés, et une décoration inexistante. Un bureau en bois massif, un fauteuil semblant confortable, et un Tymsamma inquisiteur au regard un rien méprisant. Mais en humble serviteur de l'information qui tue, je ne m'en formalise pas. J'attaque bille en tête :
Q : mon cher Tymsamma, vous vous rappelez les questions que je vous avais proposé. Alors voilà : pourquoi ce nom de KAMIKAZES pour votre équipe ?
R : mon cher Pouillot (vous permettez que je vous appelle Pouillot ?), je me suis dit qu'un entraineur ayant vocation à coatcher des guerriers à la courte espérance de vie méritait bien cette accroche. On ne fait pas fuir le chaland inutilement, il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Mes gars sont faits pour aller sur le sable de l'arène, et tuer ou être tués le plus vite possible. En plus ça limite les primes d'ancienneté.
Q : mais l'expérience ? Qu'en faites-vous ? Ce n'est quand même pas négligeable. Et la joie d'avoir un champion de l'arène, ce n'est pas rien, ça non plus. A moins que vous ne soyiez au-dessus de tout ça...
R: remballez votre fiel, je ne suis pas preneur. L'expérience, quand vous avez des gars qui savent à peine parler ! Et je ne parle pas de lire et écrire. D'un autre côté, mes gars ont tout dans le physique, à défaut d'en avoir dans la tête. Et ça, dans une arène, ça se vend. Je fais du spectacle, avec mes gueux ! Ils ne risquent pas de s'écrouler de fatigue en deux minutes, comme j'en ai vus parfois !
Q: mais vous avez un génie, dans votre équipe. C'est pas attractif, ça ? Vous pourrez lutter au sommet, avec lui.
R: je dois rire ou pleurer ? Parce que si vous appelez génie le fait d'apprendre au mieux trois compétences par tour, alors je préfère mes trois crétins pour le prix d'un premier de la classe ! Eux, au moins, ils me donnent ce que j'attends d'eux. Pour les enflés du bulbe, je trouve qu'y a souvent tromperie sur la marchandise. Je vais vous dire un secret, parce que vous semblez assez idiot pour le répéter.
Q: comme vous me jugez...
R: tut tut ! Mon secret, le voilà : privilégiez les intelligences dans votre équipes, et vous ferez des ratios de merde, matinés de morts violentes dues à des physiques déficients. Jouez la carte de la connerie brutale, et votre ratio s'envole !
Q: mais vos gladiateurs resteront au fond du classement, vous ne jouerez jamais les premiers rôles.
R: qui sait ? De toute façon, ce n'est pas le glad qui fait la différence, mais comment on le dirige derrière... si il se laisse diriger, bien sûr. Autrement dit, l'intelligence de l'entraineur compte plus que celle du gladiateur.
Q: et si on a les deux ? Mais je me rends compte qu'on dérive. On devait parler de vous, et vous me faites un cours sur le coaching. D'où viennent vos combattants ? Pourquoi ont-ils tous des noms, hum, bizarres ? Est-ce l'oeuf ou la poule ?
R: l'oeuf ou... Ah oui ! Est-ce que je les choisis parce qu'ils s'appelent comme ça, ou est-ce que je leur donne un nom de scène ? Un peu des deux, je crois. Hilde venait de Mende, et son ancien métier était troddler.
Q: C'est quoi, ce métier ?
R: oh, simple, même pour un troll. Hilde creusait des trous, à la manière troglodyte, matinée de technique de laboureur. D'où troddler !
Q: vous vous foutez pas de moi, là ?
R: vous êtes pas si idiot que ça, finalement. Quant à Lapau, il a fait sienne cette maxime : la peau de mérou se tond.
Q: et ?
R: et c'est tout. C'est ce qui le maintient en vie, qu'il dit. Je recrute mes gars quand ils ont un nom qui claque, et si le nom ne colle pas, hop, un nom de scène !
Q: comme ça ? Quel intérêt ?
R: je ne pense pas que ça vous ferait bander, un gladiateur du nom de Raoul Ménard (non, je vous dirai pas qui c'est), ou Gontran Bernichoux. Mais si à la place, j'annonce "L'obsédé aux fouilles curieuses", ça a une autre gueule, non ?
Q: c'est un contrepet, non ?
R: ne le ré-pétez pas ! Mes gars se font baptiser au temple de Zorq au prix d'une petite obole, quasiment gratis vu les prix pratiqués par le Grand Prêtre, et paf ! Le surnom devient nom, lacanien, n'est-ce pas ?
Q: Si vous le dites. Tiens, le kult de Zorq, parlons-en. Pourquoi cette scission, vous vous êtes fâchés avec les autres, ou quoi ?
R: pas vraiment fâchés, non, on se voit toujours, on se paie des coups, mais on est moins... intimes, si vous voulez. Plus libres, aussi, avant il fallait systématiquement rendre compte à Zorq, et pfou !! Ca devenait saoulant. Mais l'effet pervers est que ça entraine des frais. S'équiper, monter un QG
Q: qui explose !
R: mouiais, ce sont des choses qui arrivent. J'ai dû emprunter à ma tante.
Q: vous ? L'entraineur le plus riche de la ville ?
R: bien sûr, ça vous choque ? Je fais des frais, et puis vous ne savez pas jusqu'à quel point ma tante accule...
Q: encore une ou deux questions, et ce sera fini. Votre équipe est plutôt bien classée, vous pourriez vous exprimer plus dans la vie de l'arène, et pourtant je vous sens en retrait, plutôt discret. Quesako ?
R: ah ça, je ne suis pas inscrit dans la vie associative des beaux quartiers, et je ne réagis pas au quart de tour comme Dugaytroudbal, ou Alcotest. Moi, je dois tourner ma langue 56 fois dans ma bouche avant de ...
Q: oui ?
R: qu'est-ce que je disais déjà ? Ah, oui, je sens que je vais faire un somme.
Q: je comprends mieux maintenant. Pour conclure cet entretien, qui j'en suis sûr éclairera notre lecteur à plus d'un titre (surtout que j'ai tout noté, même ce qui est sensé être "off"), des projets futurs ? Comment vivrez-vous demain et les autres demain ?
R: ah, demain, demain, et demain... Essayer de plus m'impliquer encore, faire la promo des ceintures explosives que j'essaie vainement de vendre (elles n'ont pas de succès, j'ignore pourquoi), et survivre, tout simplement.
Q: merci encore pour l'accueil. Petite tradition, si vous avez une question (une seule) à me poser, j'y répondrai le plus sincèrement possible (et c'est très dur).
R: et bien... Pourquoi le Crapouillot ?
Q: oh, ça. Votre Hilde l'a plutôt bien observé. On dit que j'ai l'allure d'un crapaud. Et comme j'ai commencé comme grouillot, voilà mon nom de scène à moi ! Merci encore pour cet entretien dont j'entendrai certainement l'écho de votre réaction bienveillante quand il sera publié (pas de quoi, j'ai l'habitude !)

A bientôt, ami lecteur, pour la prochaine intervioue d'un entraineur bien en vue.

Le Crapouillot



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